{"id":221,"date":"2024-02-12T19:47:35","date_gmt":"2024-02-12T18:47:35","guid":{"rendered":"http:\/\/slowfood-provence.fr\/?p=221"},"modified":"2024-02-12T20:02:32","modified_gmt":"2024-02-12T19:02:32","slug":"lagroecologie-peut-elle-nourrir-toute-lhumanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/?p=221","title":{"rendered":"L\u2019agro\u00e9cologie peut-elle nourrir toute l\u2019humanit\u00e9\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Selon une id\u00e9e re\u00e7ue, les syst\u00e8mes agricoles \u00e9cologiques seraient bons pour la plan\u00e8te, mais d\u00e9faillants \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Qu\u2019en est-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>Entendons-nous d\u2019abord sur ce qu\u2019est une agriculture durable. En France, on a l\u2019habitude de faire la diff\u00e9rence entre agriculture dite \u00abconventionnelle\u00bb et la bio.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la seconde moiti\u00e9 du 20\u00e8me si\u00e8cle, la premi\u00e8re vise \u00e0 garantir une production suffisante et \u00e0 prix attractifs en ayant recours aux pesticides de synth\u00e8se, aux engrais min\u00e9raux et \u00e0 de nombreuses machines. Ce que la seconde ne fait pas, ou bien moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Contraction d\u2019\u00abagriculture\u00bb et \u00ab\u00e9cologie\u00bb, l\u2019agro\u00e9cologie d\u00e9crit ces pratiques agricoles respectueuses du vivant \u2014 l\u2019agriculture biologique \u00e9tant l\u2019une des versions les plus avanc\u00e9es. Ce terme recouvre une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019approches et de pratiques qui ont en commun de tirer parti des interactions entre les v\u00e9g\u00e9taux, les animaux, les humains et l\u2019environnement tout entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, planter des arbres dans les champs (\u00abl\u2019agroforesterie\u00bb) pour prot\u00e9ger les sols de l\u2019\u00e9rosion, procurer de l\u2019ombre aux plantes, offrir un refuge \u00e0 la biodiversit\u00e9, diminuer les effets n\u00e9fastes du vent ou concentrer l\u2019humidit\u00e9, est une technique agro\u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le choix du vivant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agriculture qui nourrit le monde est aujourd\u2019hui conventionnelle, bas\u00e9e sur le rendement, c\u2019est-\u00e0-dire la quantit\u00e9 de mati\u00e8re r\u00e9colt\u00e9e sur une surface donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abSi l\u2019on prend l\u2019exemple europ\u00e9en, le mod\u00e8le actuel atteint des rendements quasiment ind\u00e9passables<\/em>,&nbsp;<em>limite surnaturels,<\/em>&nbsp;explique Sylvain Doublet, responsable de l\u2019activit\u00e9 bioressources et prospective au sein de l\u2019association Solagro.&nbsp;<em>L\u2019agro\u00e9cologie ne pourra jamais d\u00e9passer \u00e7a\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En cinquante\u00a0ans, le rendement moyen des bl\u00e9s fran\u00e7ais est pass\u00e9 de 15 quintaux (15 x 100kg) par hectares \u00e0 70. Un bond immense imputable aux avanc\u00e9es\u00a0de\u00a0la g\u00e9n\u00e9tique, des fertilisants, des pesticides et du perfectionnement des m\u00e9thodes de travail du sol et des\u00a0r\u00e9coltes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"605\" height=\"372\" src=\"https:\/\/slowfood-provence.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/evolution-du-rendement.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-228\" srcset=\"https:\/\/slowfood-provence.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/evolution-du-rendement.jpg 605w, https:\/\/slowfood-provence.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/evolution-du-rendement-300x184.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9thodes agro\u00e9cologiques n\u2019ont toutefois pas le \u00abrendement \u00e0 tout prix\u00bb comme objectif principal. Les \u00e9coagriculteur\u00b7rices favorisent des m\u00e9thodes ax\u00e9es sur le vivant (pollinisateurs, microorganismes, etc.) sans intrants chimiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement, ces m\u00e9thodes moins productivistes peuvent induire jusqu\u2019\u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41467-017-01410-w\">25% de pertes de rendement<\/a>&nbsp;par rapport aux m\u00e9thodes conventionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette moindre productivit\u00e9 condamne-t-elle pour autant la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire mondiale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Changer d\u2019agriculture oui, mais pas seulement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abUne transition \u00e9cologique du monde agricole, sans transformation globale de la chaine alimentaire, ne suffira pas \u00e0 nourrir tout le monde,<\/em>&nbsp;affirme Adrien Muller, chercheur \u00e0 l\u2019Institut de recherche sur l\u2019agriculture biologique (FiBL) et principal auteur de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41467-017-01410-w\">l\u2019\u00e9tude<\/a>&nbsp;\u00abStrat\u00e9gies pour nourrir le monde de mani\u00e8re plus durable gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019agriculture biologique\u00bb, parue dans Nature communications en 2017.&nbsp;<em>Il faut aussi une transition du c\u00f4t\u00e9 des consommateurs\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cela impliquerait d\u2019abord de manger moins de viande. Les animaux d\u2019\u00e9levage consomment environ&nbsp;<a href=\"https:\/\/solagro.org\/medias\/publications\/f112_note-elevage_solagro_2021.pdf\">le quart<\/a>&nbsp;de l\u2019ensemble des v\u00e9g\u00e9taux produits sur les terres cultivables de la plan\u00e8te. B\u00e9n\u00e9fique pour le climat et la sant\u00e9, la r\u00e9duction de cette consommation carn\u00e9e lib\u00e9rerait de l\u2019espace pour de nouvelles cultures \u00e0 destination des humains.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abCette surface suppl\u00e9mentaire pourra largement compenser la baisse de rendement de l\u2019agro\u00e9cologie, sans devoir cr\u00e9er de nouvelles terres agricoles\u00bb<\/em>, ajoute le chercheur. En revanche, un arr\u00eat total de l\u2019\u00e9levage serait inutile, voire contre-productif.&nbsp;<em>\u00abNous avons aussi besoin du b\u00e9tail pour manger ce que l\u2019on ne peut pas manger, comme les prairies par exemple,<\/em>&nbsp;nuance l\u2019agronome Sylvain Doublet, co-sc\u00e9nariste du sc\u00e9nario scientifique Afterres2050 destin\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer les futurs besoins&nbsp;alimentaires.&nbsp;<em>Les d\u00e9chets organiques produits par les b\u00eates peuvent aussi servir de fertilisant naturel\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, moins gaspiller. Le mod\u00e8le conventionnel a donn\u00e9 aux pays riches un acc\u00e8s \u00e0 la nourriture en grande quantit\u00e9 et \u00e0 bas co\u00fbt. Revers de la m\u00e9daille&nbsp;: en 2019,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.fao.org\/3\/cc1403en\/online\/cc1403en.html#\/12\">13,3&nbsp;%<\/a>&nbsp;de l\u2019alimentation produite ont \u00e9t\u00e9 perdus avant d\u2019\u00eatre disponibles \u00e0 la vente, et 17&nbsp;% des produits disponibles ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s dans les poubelles des m\u00e9nages, des distributeurs et des restaurants, selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture(FAO)<a href=\"https:\/\/www.fao.org\/3\/cc1403en\/online\/cc1403en.html#\/12\">.<\/a>&nbsp;<em>\u00abUne r\u00e9duction du gaspillage pourrait grandement aider \u00e0 la compensation des moindres rendements de l\u2019agro\u00e9cologie\u00bb,<\/em>&nbsp;souligne Adrian Muller.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00abLes agriculteurs ne demandent qu\u2019\u00e0 \u00eatre accompagn\u00e9s\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Techniquement, il est possible de nourrir le monde de fa\u00e7on \u00e9cologique. Alors pourquoi les agriculteur\u00b7ices ont tant de mal \u00e0 transitionner ?<\/p>\n\n\n\n<p>En Occident, la majorit\u00e9 des agriculteur\u00b7rices&nbsp;<em>\u00absont pieds et poings li\u00e9s dans un mod\u00e8le o\u00f9 ils ne sont plus chefs de leurs exploitations,<\/em>&nbsp;d\u00e9plore Sylvain Doublet.&nbsp;<em>Ils sont bloqu\u00e9s par des pr\u00eats faramineux, contraints de suivre un mod\u00e8le dict\u00e9 par les industriels. Changer pour une m\u00e9thode plus \u00e9cologique, c\u2019est perdre du rendement et perdre l\u2019argent qu\u2019ils n\u2019ont pas<\/em>\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soutien des pouvoirs publics est indispensable pour accompagner la transition agricole. Produire de mani\u00e8re \u00e9cologique n\u2019est toutefois pas encore au c\u0153ur des priorit\u00e9s des gouvernements, comme le montre l\u2019actuelle crise agricole qui traverse la France et l\u2019Europe (<a href=\"https:\/\/vert.eco\/articles\/pesticides-soutien-aux-eleveurs-souverainete-alimentaire-qua-promis-gabriel-attal-pour-calmer-les-agriculteurs\">notre article<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abLes agriculteurs ne demandent qu\u2019\u00e0 \u00eatre accompagn\u00e9s,<\/em>&nbsp;d\u00e9taille Am\u00e9lie Poinssot, journaliste \u00e0 Mediapart et autrice de l\u2019ouvrage&nbsp;<em>Qui va nous nourrir&nbsp;?<\/em>, paru ce 8 f\u00e9vrier chez Actes Sud, qui met en lumi\u00e8re le clivage entre le renouvellement des acteurs agricoles traditionnels et l\u2019\u00e9mergence de nouveaux venus plus engag\u00e9s \u00e9cologiquement.&nbsp;<em>On ne leur donne pas les moyens de changer sur le long terme. Les aides de la politique agricole commune, la PAC, doivent \u00eatre mieux distribu\u00e9es et encourager la transition plut\u00f4t que la productivit\u00e9\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des m\u00e9thodes \u00e9cologiques pour faire face au r\u00e9chauffement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un contexte de changement climatique et de recul de la biodiversit\u00e9, le mod\u00e8le conventionnel montre ses limites. Les monocultures \u2014 parcelles avec une seule vari\u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9e \u2014 sont de plus en plus mises \u00e0 mal par les al\u00e9as climatiques.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abLa transition vers des agricultures plus \u00e9cologiques tend vers une diversification des esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales cultiv\u00e9es,<\/em>&nbsp;d\u00e9taille Sylvain Doublet.&nbsp;<em>Avoir des vari\u00e9t\u00e9s qui n\u2019ont pas le m\u00eame cycle de vie, cela permet de ne pas mettre tous ses \u0153ufs dans le m\u00eame panier. La r\u00e9silience de ce syst\u00e8me aux al\u00e9as climatiques permettra d\u2019assurer une production minimum chaque ann\u00e9e\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque qu\u2019une s\u00e9cheresse ou une inondation survient au mauvais moment dans une monoculture conventionnelle \u2013 au moment de la germination du bl\u00e9, par exemple \u2013 toutes les parcelles sont touch\u00e9es. Dans une ferme agro\u00e9cologique, pas de monoculture. On multiplie les vari\u00e9t\u00e9s pour qu\u2019elles ne soient pas vuln\u00e9rables en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Une agriculture 100% agro\u00e9cologique pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire mondiale est donc tout \u00e0 fait possible. En plus de favoriser la biodiversit\u00e9 et d\u2019am\u00e9liorer la sant\u00e9, elle sera b\u00e9n\u00e9fique pour mieux r\u00e9sister aux effets du changement climatique. Mais elle n\u00e9cessite de profonds changements \u00e0 tous les niveaux\u00a0: celui des agriculteur\u00b7rices, des acteurs de l\u2019agro-alimentaire, des pouvoirs publics et des consommateur\u00b7rices.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecrit le 08\/02\/2024 par\u00a0Alexandre Carr\u00e9\u00a0et\u00a0Jennifer Gall\u00e9 pour le m\u00e9dia ind\u00e9pendant Vert.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon une id\u00e9e re\u00e7ue, les syst\u00e8mes agricoles \u00e9cologiques seraient bons pour la plan\u00e8te, mais d\u00e9faillants \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":222,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-221","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-agriculture","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=221"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/221\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":229,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/221\/revisions\/229"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/222"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}