{"id":556,"date":"2026-07-17T16:59:22","date_gmt":"2026-07-17T14:59:22","guid":{"rendered":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/?p=556"},"modified":"2026-07-17T16:59:22","modified_gmt":"2026-07-17T14:59:22","slug":"on-ne-pourra-pas-dire-quon-ne-savait-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/?p=556","title":{"rendered":"On ne pourra pas dire qu&rsquo;on ne savait pas"},"content":{"rendered":"\n<p>Interview de Marc Andr\u00e9 Selosse par France 3 Occitanie<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les vagues de chaleur mettent \u00e0 genoux les exploitations fran\u00e7aises, le biologiste Marc-Andr\u00e9 Selosse, professeur au Mus\u00e9um national d&rsquo;histoire naturelle, oscille entre compassion pour les agriculteurs et col\u00e8re face \u00e0 un d\u00e9sastre annonc\u00e9. Pour ce sp\u00e9cialiste des sols et de la biodiversit\u00e9, les crises agricole, climatique et \u00e9cologique n&rsquo;en font plus qu&rsquo;une.<\/p>\n\n\n\n<p>Professeur au Mus\u00e9um national d&rsquo;histoire naturelle, biologiste reconnu pour ses travaux sur les sols et la biodiversit\u00e9, Marc-Andr\u00e9 Selosse estime que les crises agricole, climatique et \u00e9cologique ne font d\u00e9sormais plus qu&rsquo;une. Alors que les canicules fragilisent les exploitations fran\u00e7aises, il juge que les difficult\u00e9s actuelles \u00e9taient largement pr\u00e9visibles et que les solutions existent d\u00e9j\u00e0. \u00c0 condition, dit-il, d&rsquo;accepter enfin d&rsquo;\u00e9couter la science.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3&nbsp;Occitanie : Le monde agricole traverse une nouvelle crise avec cette canicule. Quel regard portez-vous sur la situation ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;agriculture subit plusieurs crises en m\u00eame temps. Il y a la chaleur et le manque d&rsquo;eau, bien s\u00fbr, mais aussi la hausse du prix des engrais, qui d\u00e9pend directement du gaz. Ces difficult\u00e9s arrivent dans un secteur o\u00f9 les revenus \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 dramatiquement faibles : pr\u00e8s de 43 % des agriculteurs ne gagnent m\u00eame pas le SMIC alors qu&rsquo;ils travaillent bien davantage que quarante heures par semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis profond\u00e9ment touch\u00e9 par cette situation, parce que j&rsquo;ai toujours essay\u00e9 de mettre la biologie au service de l&rsquo;agriculture. Mais si je fais un pas de c\u00f4t\u00e9, il faut aussi dire une chose : cette catastrophe \u00e9tait annonc\u00e9e. Les changements climatiques, les tensions sur les ressources, tout cela avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par la science. Le drame, c&rsquo;est que ceux qui souffrent aujourd&rsquo;hui sont aussi les victimes d&rsquo;un monde qui n&rsquo;a pas voulu \u00e9couter ce que la science disait depuis des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3&nbsp;Occitanie : Vous avez le sentiment que les politiques persistent dans les mauvaises r\u00e9ponses ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Oui. Regardez les retenues d&rsquo;eau. Creuser des trous pour stocker de l&rsquo;eau, c&rsquo;est un peu comme les autruches qui mettent la t\u00eate dans le sable lorsqu&rsquo;il y a un probl\u00e8me. Cela peut r\u00e9pondre \u00e0 une partie de la question, mais <em>quid<\/em> de la temp\u00e9rature ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la mati\u00e8re organique dans les sols pour qu&rsquo;ils retiennent davantage d&rsquo;eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis d\u00e9sol\u00e9 de le dire, mais dans certains territoires <a href=\"https:\/\/france3-regions.franceinfo.fr\/auvergne-rhone-alpes\/puy-de-dome\/clermont-ferrand\/la-c-est-rendement-zero-la-secheresse-met-en-peril-les-cultures-de-cereales-3383161.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">le ma\u00efs<\/a> n&rsquo;a plus sa place. Peut-\u00eatre faudra-t-il du sorgho, peut-\u00eatre d&rsquo;autres cultures. Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;id\u00e9ologie. C&rsquo;est simplement la r\u00e9alit\u00e9 climatique. Si nous avions commenc\u00e9 cette transition plus t\u00f4t, nous n&rsquo;en serions probablement pas l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3&nbsp;Occitanie : La crise est aussi celle de la biodiversit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Oui, et c&rsquo;est m\u00eame une partie de la solution. Deux pratiques agricoles d\u00e9truisent massivement le vivant : le labour intensif et les pesticides. Nous le savons parce que des agriculteurs exp\u00e9rimentent autre chose. Ceux qui abandonnent le labour voient la biomasse des sols augmenter d&rsquo;environ 20 %. En agriculture biologique, on retrouve environ 50 % de biomasse suppl\u00e9mentaire et pr\u00e8s de 30 % d&rsquo;esp\u00e8ces en plus. Autrement dit, nous avons d\u00e9j\u00e0 la d\u00e9monstration que d&rsquo;autres mod\u00e8les fonctionnent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3 Occitanie&nbsp;: Pourquoi la biodiversit\u00e9 est-elle si importante pour les agriculteurs ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Parce qu&rsquo;elle travaille gratuitement. Quand les pesticides ou le labour d\u00e9truisent les organismes du sol, ils d\u00e9truisent aussi des champignons microscopiques qui aident les racines \u00e0 se nourrir. Sans eux, il faut davantage d&rsquo;engrais. Ils d\u00e9truisent aussi <a href=\"https:\/\/france3-regions.franceinfo.fr\/bourgogne-franche-comte\/doubs\/besancon\/sans-insecte-pollinisateur-la-terre-telle-qu-on-ne-la-connait-n-existe-plus-200-acteurs-de-la-biodiversite-reunis-a-besancon-2873498.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">des pollinisateurs<\/a>. Aujourd&rsquo;hui, selon les estimations, entre 30 et 50 % des productions agricoles sont limit\u00e9es par leur disparition. Dans certaines cultures, comme le cassis, la pr\u00e9sence d&rsquo;osmies peut multiplier les rendements.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons aussi les chauves-souris. Aux \u00c9tats-Unis, leur disparition a conduit \u00e0 augmenter d&rsquo;environ 30 % l&rsquo;utilisation des pesticides dans certaines r\u00e9gions. Autrement dit, on paie pour remplacer un travail que la nature faisait gratuitement. Cette hausse des pesticides s&rsquo;est m\u00eame accompagn\u00e9e d&rsquo;une augmentation de la mortalit\u00e9 infantile. Tout cela raconte la m\u00eame histoire : chaque fois que nous d\u00e9truisons la biodiversit\u00e9, nous augmentons le co\u00fbt de notre agriculture. La biodiversit\u00e9 n&rsquo;est pas un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est un capital \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3 Occitanie&nbsp;: Vous paraissez partag\u00e9 entre compassion et col\u00e8re.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Je suis partag\u00e9 entre l&rsquo;envie de pleurer parce que je vois la souffrance des agriculteurs et l&rsquo;envie de pleurer parce que cette situation \u00e9tait pr\u00e9visible. Nous disposons de solutions. Elles existent dans les fermes de d\u00e9monstration de l&rsquo;Inrae, dans l&rsquo;agriculture biologique, dans l&rsquo;agriculture de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des sols. Elles montrent qu&rsquo;il est possible de r\u00e9duire les intrants tout en restaurant les sols. Pourquoi continue-t-on alors \u00e0 d\u00e9fendre des mod\u00e8les dont nous savons qu&rsquo;ils aggravent les probl\u00e8mes ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3&nbsp;Occitanie : Les nouvelles techniques g\u00e9nomiques (NTG) sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme une r\u00e9ponse au changement climatique. Vous n&rsquo;y croyez pas ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Pour moi, les <a href=\"https:\/\/france3-regions.franceinfo.fr\/grand-est\/meurthe-et-moselle\/nancy\/autorisation-des-semences-genetiquement-modifiees-par-l-europe-le-paysan-la-dedans-il-ne-gagnera-rien-3261776.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">NTG <\/a>sont des OGM. La premi\u00e8re embrouille consiste \u00e0 changer de nom pour faire oublier l&rsquo;histoire des OGM. La seconde est de supprimer l&rsquo;\u00e9tiquetage. Le citoyen ne saura plus ce qu&rsquo;il ach\u00e8te. Je trouve cela profond\u00e9ment anormal. On nous avait promis que les OGM r\u00e9duiraient les pesticides et qu&rsquo;ils r\u00e9gleraient la faim dans le monde. Or les pays qui les utilisent massivement montrent exactement l&rsquo;inverse. La faim n&rsquo;a pas disparu. Les pesticides non plus. Certaines plantes r\u00e9sistantes aux herbicides ont m\u00eame conduit \u00e0 en utiliser davantage. Ces semences co\u00fbtent aussi plus cher et concentrent le march\u00e9 entre quelques grands groupes. Ce n&rsquo;est ni une solution \u00e9cologique ni une solution \u00e9conomique pour les agriculteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>France 3&nbsp;Occitanie : Le climat est-il d\u00e9sormais un sujet politique plus que scientifique ? Christophe Cassou disait r\u00e9cemment qu&rsquo;il fallait \u00ab politiser \u00bb cette crise. Partagez-vous son analyse ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Marc-Andr\u00e9 Selosse : Oui, compl\u00e8tement. Mais il faut comprendre le mot \u00ab politiser \u00bb dans son sens premier, celui de la <em>polis<\/em>, de la cit\u00e9. Ces questions concernent toute la soci\u00e9t\u00e9. Moi, je serais tr\u00e8s heureux de passer mes journ\u00e9es \u00e0 identifier des champignons. Si je parle aujourd&rsquo;hui des pesticides, des sols ou du climat, ce n&rsquo;est pas parce que cela m&rsquo;amuse. C&rsquo;est parce que ces connaissances sont utiles aux citoyens.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la soci\u00e9t\u00e9 ne s&rsquo;en empare pas, si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilit\u00e9s, alors mon travail ne sert \u00e0 rien. Les imp\u00f4ts qui financent la recherche ne servent \u00e0 rien. Nous savons d\u00e9j\u00e0 ce qui se passe. Nous savons d\u00e9j\u00e0 ce qu&rsquo;il faudrait faire. La question n&rsquo;est plus scientifique. Elle est devenue profond\u00e9ment politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview de Marc Andr\u00e9 Selosse par France 3 Occitanie Alors que les vagues de chaleur mettent \u00e0 genoux les exploitations<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":558,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-556","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-agriculture","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/556","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=556"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/556\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":559,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/556\/revisions\/559"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=556"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=556"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/slowfood-provence.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=556"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}