Manifeste de Slow Food pour les élections européennes 2024

Nous demandons à nos décideurs politiques de :

Placer l’alimentation en tête de l’agenda politique

La nourriture est essentielle à la vie et l’agriculture est l’un des piliers des sociétés européennes. Des systèmes alimentaires de qualité, propres et équitables sont essentiels au bien-être économique, social et environnemental. En s’appuyant sur les engagements contraignants pris par les dirigeants de l’UE en matière de climat à l’horizon 2050 ainsi que sur la cohérence des politiques et l’engagement de l’industrie, il est temps que les institutions de l’UE fassent preuve d’une politique forte et d’adopter une vision à long terme des politiques alimentaires, fondée sur des données probantes, en mettant l’accent sur l’amélioration des perspectives en ce qui concerne les moyens de subsistance des agriculteurs, la santé et l’environnement, le bien-être des animaux et l’équité sociale. Pour garantir que les générations futures de citoyens et d’agriculteurs aient l’accès à une alimentation et à des terres de qualité. L’alimentation doit être au cœur du mandat à venir.

Adopter une approche fondée sur le système alimentaire

Les politiques alimentaires de l’UE ont été élaborées en vase clos et se sont largement concentrées sur la production pendant trop longtemps, sans tenir compte de la précarité de nos environnements alimentaires. Il en résulte une incohérence politique.

L’UE doit adopter d’urgence une approche politique globale et cohérente afin de rassembler tous les secteurs et acteurs du système alimentaire, de la production à la consommation, dans un cadre cohérent traçant le chemin vers la durabilité pour l’ensemble du système alimentaire de l’UE. Les citoyens méritent des politiques qui stimulent la production d’aliments sains et leur disponibilité dans les dans les cantines publiques, soutiennent le développement de chaînes d’approvisionnement courtes, garantissent l’étiquetage et la publicité, promeuvent des options alimentaires et qui rendent une meilleure alimentation abordable pour tous.

S’assurer que l’agriculture soutienne une transition juste et inclusive

La PAC doit être réformée pour retrouver sa légitimité en tant que deuxième poste budgétaire de l’UE. Il est essentiel de garantir une approche « argent public pour biens publics ». Cela implique l’abandon des subventions découplées et la réorientation des subventions vers les pratiques agricoles biologiques et agroécologiques ainsi que vers les agriculteurs qui les mettent en œuvre. Ce n’est qu’ainsi que la PAC pourra relever les défis actuels : l’atténuation et l’adaptation à la crise climatique, l’élargissement de l’UE, le renouvellement des générations et des conditions de vie dignes pour les agriculteurs de tous âges, la réduction de la bureaucratie et, enfin, la priorité donnée à la remise en état des infrastructures dans les zones rurales.

S’attaquer à la crise climatique en promouvant la biodiversité alimentaire

La biodiversité des aliments et des cultures européennes est essentielle pour lutter contre la crise climatique et constitue un atout économique, environnemental et socioculturel unique. La perte de biodiversité alimentaire a réduit la résilience des écosystèmes. L’action climatique doit être intégrée dans un cadre législatif cohérent sur les systèmes alimentaires. Les politiques relatives à l’agriculture, aux pesticides de synthèse, aux sols, à l’eau et à la pollution doivent garantir un soutien adéquat, financier et éducatif, aux agriculteurs afin qu’ils abandonnent les pratiques qui nuisent à la biodiversité alimentaire. Des réglementations strictes sur les nouvelles techniques génomiques et l’interdiction des organismes génétiquement modifiés (OGM) doivent être maintenues pour préserver la biodiversité.

Faire en sorte que les politiques commerciales européennes soient au profit des agriculteurs et de la sécurité alimentaire

Conditionner l’accès au marché de l’UE au respect des normes essentielles de l’UE, par exemple en mettant en place un règlement sur l’atténuation des impacts environnementaux et sanitaires des importations de denrées alimentaires et en introduisant des clauses miroirs dans les accords commerciaux sur les denrées alimentaires, afin d’encourager la réciprocité des conditions de production dans les échanges commerciaux et d’atténuer ainsi les distorsions de concurrence à l’encontre des agriculteurs européens. Veiller à ce que les politiques commerciales n’aient pas de conséquences néfastes pour l’environnement, les animaux et la santé des populations, y compris dans les pays tiers. Veiller à ce que la traçabilité complète des animaux de la naissance à l’abattage – obligatoire dans l’UE – soit également appliquée aux produits animaux importés de l’extérieur de l’UE. Veiller à ce que les pesticides dangereux interdits dans l’Union européenne ne soient pas produits pour l’exportation, mais aussi à ce qu’aucun pesticide interdit ne soit autorisé comme résidu dans les aliments mis sur le marché européen, comme promis dans le cadre de la stratégie chimique de l’UE pour le développement durable.

L’AGROÉCOLOGIE FAVORISE UNE TRANSITION DURABLE ET ÉQUITABLE

Au niveau mondial, nos systèmes alimentaires détruisent plus de valeur qu’ils n’en créent. En fait, les coûts induits de l’alimentation sont si élevés que les bénéfices nets d’une transformation du système alimentaire sont estimés entre 5 et 10 billions de dollars par an, ce qui équivaut à 4 à 8 % du PIB mondial en 2020 (FSEC – Global Policy Report 2023).

Ouvrant la voie à une transition, Slow Food promeut l’agroécologie, approche holistique et intégrée qui applique simultanément des concepts écologiques et sociaux à la conception et à la gestion d’une agriculture durable. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de 2022 affirme avec une grande confiance que l’agroécologie soutient la sécurité alimentaire, la santé et le bien-être, la biodiversité et les services écosystémiques.

Plus qu’un simple ensemble de pratiques agricoles, l’agroécologie peut jouer un rôle important dans la modification des relations sociales, l’autonomisation des agriculteurs et le développement de chaînes d’approvisionnement courtes. Grâce aux fondements de l’agroécologie, des environnements alimentaires plus sains et plus prospères peuvent se développer, non seulement en augmentant la demande pour de meilleurs choix alimentaires, mais aussi en rendant accessibles à tous les Européens des aliments sains et savoureux.

Un premier pas vers l’agroécologie en Europe pourrait être fait en introduisant une politique alimentaire commune, en particulier en présentant la proposition longtemps attendue de législation-cadre sur les systèmes alimentaires durables.